La conception des temples, Inde du sud

  • 22 janvier 2026

Par le professeur Michel Angot (1949-2024). 

Cet article est issu d’un voyage en Inde du Sud avec le professeur Michel Angot en octobre 2023.
Deux États visités : le Karnāṭaka et le Tamil Nadu.

En Inde, le premier temple a été construit après le dernier temple égyptien. 

 La construction des temples en Inde est relativement récente (début du 1er millénaire). 

La période védique n’a laissé aucune trace, la population étant essentiellement nomade et les divinités reliées à la Nature (Indra, Agni, Vāyu, … tonnerre, feu et vent, …). 

Les premières représentations divines se font par l’absence (trône vide du Bouddha, empreintes de ses pieds, Jaïn à la silhouette évidée, …).
L’architecture et la sculpture grecques (Bactriane, actuel Afghanistan) vont progressivement influencer le Bouddhisme puis le Brahmanisme (empires Maurya, Koushan puis Gupta, du 3ème siècle AEC au 3ème siècle EC).
La conception des temples est d’abord idéologique, avant d’être réalisée physiquement. Le temple divin, céleste, est imaginé, puis imprimé sur terre. Les temples sont conçus par les brahmanes pour les rois. L’objectif est d’assurer la pérennité du royaume en appelant la protection divine. 

Les premiers temples sont d’abord excavés 

La conception brahmanique de l’époque est d’aller chercher la divinité dans la roche. Aucun manuscrit décrivant leur conception n’a été retrouvé, toutefois, on dispose des mythes et des épopées. Certains temples excavés comme Ellorā sont immenses : La cathédrale de Notre-Dame de Paris tiendrait entièrement à l’intérieur de ce temple. On ne sait pas comment ils ont procédé.  Autre exemple : Mahābalipuram sur le bord de l’océan indien (TN), avec des scènes célèbres comme de la descente du Gange / la pénitence d’Arjuna, Viṣṇu en Yoga nidrā ou Durgā tuant le démon-āsura… . Des représentations de personnages en Yoga sont mondialement célèbres. 

Puis vient l’âge d’or des temples en pierres sculptées 

 Avec la diffusion des conceptions architecturales grecques, des temples en pierres rapportées et sculptées font leur apparition, notamment au Karnāṭaka. Ces temples, assez simples au début, sont uniquement destinés au roi et à sa famille. On y retrouve des statues de la divinité honorée, mais aussi des Erotica, des scènes des deux grandes épopées (Rāmāyaṇa et Mahābhārata) ainsi que des fresques illustrant le Pañchatantra. Les Erotica sont dédiées à la fertilité du royaume et à celle de la Reine (homologie Royaume-Reine). Rāma, le héros du Rāmāyaṇa, est l’archétype de Roi auquel tout Rāja doit s’identifier. Hanuman est l’archétype de la fidélité, de l’amitié et de la connaissance du sanskrit. Les Pañcatantra sont destinés à l’éducation politique des princes. Ces temples sont orientés aux 4 points cardinaux. Le rāja et sa famille entrent par l’Est. On y trouve parfois le naṇdin (taureau, avatāra de śiva). Au Nord, la demeure des Dieux (l’Himalaya) et la Gangā, le fleuve sacré (vu depuis l’Inde du sud) Le temple est le lieu de vie du Dieu et de sa famille (homologie famille divine et famille royale). Les offrandes sont faites pour nourrir le Dieu et sa famille. On y trouve aussi des templions pour la déesse et ses enfants. Tout est fait pour que la famille divine s’y sente bien et continue à protéger le roi et le royaume. Vu du ciel ils ressemblent à des mandala géants, dont le cœur abrite l’autel où la divinité est honorée. 

Les villes-temples géantes «gopuram»  

Après les invasions musulmanes et les défaites à répétition des rāja hindous, les brahmanes se cherchent de nouveaux Dieux, plus puissants, capables de redonner la victoire aux rois. Ce sont souvent des divinités féminines qui sont alors représentées : Kālī, Durgā. Les temples deviennent des villes, avec toujours la construction en forme de Mandala (vue du dessus) et une approche concentrique de 6 ou 7 enceintes, allant du plus mondain au plus sacré au centre. Le rôle des temples-villes est à la fois économique, politique et spirituel. Le Tamil Nadu a été une des seules régions non envahie par les rāja musulmans, avant l’arrivée des européens. 

Les 4 tours principales, appelées gopuram font plus de 60 m de haut pour certaines. Des pierres de plus de 80 tonnes couronnent certains gopuram.  Les gopuram sont peints et repeints régulièrement.  Quasiment aucune sculpture n’est signée. « La main des artisans était guidée par les savoirs des Brahmanes » (MA). 

L’art et le savoir brahmanique ont été exportés en Asie du Sud-Est  

Mahābalipuram, il y avait un port d’où partaient les brahmanes, appelés par de puissants rois d’Asie du Sud-Est, pour venir réciter le Veda et construire des temples géants.
Angkor (Cambodge), Borobudur (Java), Padan (Myanmar) ont été conçus par des brahmanes. 

Comment visiter un temple ?  

L’entrée de nos jours se fait généralement au Sud. Le sens de la visite suit les aiguilles d’une montre (pradakṣiṇaṃ), afin de garder l’autel à droite. Un temple est en activité s’il y a une hampe dorée à l’entrée, et surtout s’il y a des brahmanes qui officient. Les divinités sont habillées et honorées (fleurs, fruits, poudres…). Les photos sont souvent permises, contre un don. Il existe de nombreux temples très intéressants qui ne sont plus en activité (Karnāṭaka). 

Conclusions :  

D’abord pour la divinité, le roi et sa famille, la conception s’est transformée avec la construction de temples-villes.

L’évolution du culte des divinités a aussi influencé l’art et l’idéologie des brahmanes. De nombreux chefs d’œuvres architecturaux du Sud-est asiatique sont issus de l’idéologie et des savoirs brahmaniques. 

 

Yvon Guéguen, intendant de l’antenne Rhône-Alpes
Sources : Michel Angot L’Inde classique, Paris, Les Belles Lettres, 2001 ;
Histoire des Indes, Paris, Les Belles Lettres, 2017 ; Les Mythes des Indes, Seuil, 2019 

 

 

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